Insurrection juridictionnelle au Sénégal. Par le Pr Abdoulaye SOMA

Edition : Afrilex Février 2024

INTRODUCTION

Le printemps sénégalais. C’est ainsi qu’on pourrait parler du changement du climat politique et jurisprudentiel résultant de l’effet de la décision rendue le 15 février 2024 par le Conseil constitutionnel du Sénégal1. Tout comme ce qu’on a appelé le printemps arabe2, cette décision couronne une série de contestations d’actes pris par les organes et autorités politiques du Pays. Tout comme l’insurrection burkinabè de 2014 notamment3, cette décision marque un coup d’arrêt à une intention de dépassement du mandat du Président de la République au-delà du terme qu’imposent les dispositions constitutionnelles. Le printemps est ainsi porté non pas par un soulèvement ou une révolution populaire, mais par une insurrection juridictionnelle au Sénégal.
Étymologiquement, le mot « insurrection » dérive du latin « insurrectio » qui signifie « se lever » contre4. L’insurrection consiste à s’ériger contre le pouvoir politique établi dans un État pour le renverser5. L’insurrection est une révolte contre le pouvoir en place. En l’occurrence, elle aboutit à imposer la fin d’un régime de gouvernement politique dans une République. Elle est en général portée par un soulèvement populaire6, mais rien n’empêche qu’elle résulte analogiquement d’orientations et de décisions juridictionnelles.
En République du Sénégal, conformément aux dispositifs et dispositions constitutionnels et électoraux, le mandat en cours du Président de la République en fonction se termine le 2 avril 2024. Dans cette perspective, les élections présidentielles ont été programmées pour se tenir le 25 février 2024, en vertu du décret présidentiel du 29 novembre 2023 portant convocation du corps électoral. Le 3 février 2024 est pris un décret présidentiel portant abrogation du décret de convocation du corps électoral. Le 5 février 2024, l’Assemblée nationale adopte une loi constitutionnelle portant dérogation à l’article 31 de la Constitution.
La portée de cette loi constitutionnelle est de déroger à l’article 31 de la Constitution qui fixe la période d’organisation de l’élection présidentielle à « quarante-cinq jours francs au plus et trente jours francs au moins avant la date de l’expiration du mandat du Président de la République en fonction », permettant ainsi de fixer au 15 décembre 2024 la tenue de l’élection présidentielle en maintenant en fonction le Président de la République en exercice.

Cliquez ici pour télécharger l’intégralité de la contribution « Afrilex_PrSOMA_INSURRECTION-JURIDICTIONNELLE-AU-SE_240223_113752 »

Par Pr Abdoulaye SOMA
Agrégé des Facultés de droit, Professeur des universités. Président du Conseil scientifique de la Société Africaine pour le Droit international (SADI). Président du Conseil scientifique de la Société Burkinabè pour le Droit International (SBDI). Président du Conseil scientifique de la Société Burkinabè de Droit Constitutionnel (SBDC). Officier de l’Ordre International des palmes Académiques. Jurisconsulte-Conseil. Avocat. Université Thomas Sankara. Burkina Faso.

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

LES DÉRIVES FINANCIÈRES DE L’ÉTAT AU SÉNÉGAL (2019-2024)Lecture juridique du rapport d’audit de février 2025 de la Cour des comptes : diagnostic d’un système financier parallèle.

Résumé À partir du rapport de février 2025 de la Cour des comptes sur la gestion des finances publiques du Sénégal pour la période du 1er janvier 2019 au 31 mars 2024, la présente étude propose une lecture d’ensemble des principales dérives relevées dans l’exécution...

LA PROMULGATION DE LA LOI DANS LES SYSTEMES CONSTITUTIONNELS DES ETATS D’AFRIQUE NOIRE FRANCOPHONE. Par Nfally CAMARA

RRC Revue des Réflexions constitutionnelles n° 064- Décembre 2025, pp. 87-119 Résumé La présente réflexion est une contribution au débat sur la procédure législative dans les systèmes constitutionnels des Etats d’Afrique noire francophone, notamment avec la...

Propos hâtés sur le dispositif de Contenu Local dans les industries extractives au Niger. Par ALASSANE SOUFOUYANOU Abdourahimoune

INTRODUCTION « Les ressources naturelles et du sous-sol sont la propriété du peuple nigérien (...) »[1]. L’Etat y exerce sa souveraineté[2] tel que consacré par l’article 2 paragraphe 2 de la Charte des droits et devoirs économiques des Etats (1974) qui pose...

Le traitement judiciaire de la délinquance économique et financière au pôle judiciaire spécialisé en matière économique et financière. Par Mahamane Adama ZEYDOU

INTRODUCTION La criminalité économique et financière constitue de nos jours, en raison de ses dégâts, un sujet de préoccupation à la fois nationale et internationale. Nos compatriotes expriment éloquemment, bruyamment et constamment leur vouloir de lutte contre...

Propos hâtés sur le dispositif de Contenu Local dans les industries extractives au Niger. Par ALASSANE SOUFOUYANOU Abdourahimoune

INTRODUCTION « Les ressources naturelles et du sous-sol sont la propriété du peuple nigérien (...) »[1]. L’Etat y exerce sa souveraineté[2] tel que consacré par l’article 2 paragraphe 2 de la Charte des droits et devoirs économiques des Etats (1974) qui pose...

LES ICPE A L’AUNE DES NOUVEAUX CODES DE L’ENVIRONNEMENT ET DE L’URBANISME. Par Mamadou Sall SECK

INTRODUCTION La maitrise de l’urbanisation a été dès le départ l’un des objectifs principaux de la réglementation des Installations classées pour la Protection de l’Environnement (ICPE). Selon le Doyen Maurice KAMTO, « La réglementation des établissements classés...

La contribution de l’investissement international au développement économique des États d’accueil : cas des États africains. Par HOUSSEINI BAWA Souleymane

Dans une ère où la mondialisation est plus que jamais présente dans les relations internationales, l'investissement direct étranger a longtemps été perçu comme la solution miracle pour les États en développement. Longtemps, considérés comme des États sous-développés,...

La facilitation prétorienne de l’accès au juge de l’excès de pouvoir au Niger. Par Alassane Soufouyanou ABDOURAHIMOUNE

Plan LA SIMPLIFICATION DES CONDITIONS DE RECEVABILITE DU REP Une appréciation libérale des conditions de recevabilité du recours juridictionnel Une consécration laborieuse du droit d’option du recours administratif LA SOUPLESSE AVEREE DE L’APPRECIATION DES DELAIS DU...

LES ÉLEMENTS CONSTITUTIFS DE L’ÉCOCIDE AU REGARD DES AMENDEMENTS AU STATUT DE ROME PROPOSÉS PAR LE GROUPE D’EXPERTS INDÉPENDANTS. Par Mamadou Doudou Senghor

Revue sénégalaise de Droit  n° 42 MARS 2026, pp. 423-450 Introduction « L’apparition de préoccupations environnementales dans tous les grands instruments internationaux de portée générale »[1] est une tendance croissante depuis l’adoption de la...