À la recherche du Peuple dans les systèmes constitutionnels de l’Afrique subsaharienne francophone

Publié par Afrilex, Juin 2021

La théorie du Peuple est la substantifique moelle de la pensée politique moderne, serait-on tenté de considérer. Des cités antiques aux sociétés politiques contemporaines, c’est partant du Peuple que la rationalité juridique s’est imposée aux Etats démocratiques. Mais, force est de constater que l’évolution n’a pas été linéaire ; les théories du Peuple véhiculées sont fonction des jugements formulés sur le sens et la pratique de la démocratie. Avec une conciliation, du reste conflictuelle, des valeurs d’égalité et de liberté, des nuances dans l’interprétation de la démocratie, apparaissent, avec éclat, dans la pensée politique du XVIIIe siècle. Pour rappel, l’idée maîtresse de la pensée de Montesquieu est que la source de liberté se trouve dans le gouvernement modéré, parce que limité. Le pouvoir du Peuple n’est pas nécessairement la liberté du Peuple. Il se peut qu’une démocratie soit tyrannique si la majorité y opprime la minorité car il lui manque le ressort supplémentaire de la vertu.
Dans l’exacte antithèse, l’idéal d’un gouvernement qui assure la liberté est tributaire, dans la pensée de Jean-Jacques Rousseau, aussi bien de la manière dont sont faites les lois que de son contenu sous la forme d’une expression de la volonté générale. Finalement, on ne peut en disconvenir, le réalisme libéral s’illustre comme conscience de l’Etat démocratique. Sous cet angle de réflexion, Alexis de Tocqueville a comparé les prétentions des Constituants de 1787 aux Etats-Unis d’Amérique et de 1791 en France pour en déduire qu’ « il s’agit bien moins pour les partisans de la démocratie de trouver le moyen de faire gouverner le Peuple que de faire choisir au Peuple les plus capables de gouverner ».
Authentique siège de l’autorité politique, le Peuple devient le facteur invariable de l’équation démocratique contemporaine. D’où au XIXe siècle, la séduisante définition de la démocratie formulée par le Président des Etats-Unis, Abraham Lincoln : « Le gouvernement du Peuple, par le Peuple et pour le Peuple ». Idéalement, il y a une identité du Peuple et du Pouvoir. Cependant, une quête des avantages individuels et un libre esprit favoriseraient la montée en puissance des antagonismes dont toute société démocratique se doit de prémunir. Le propos de Winston Churchill rend bien compte de la perfectibilité des traits politiques et institutionnels dominants dans la démocratie lorsqu’il décrit celle-ci comme « le pire système de gouvernement à l’exception de tous les autres qui ont pu être expérimentés dans l’histoire ».

Cliquez ici pour télécharger l’intégralité de la contribution.

Par Meïssa DIAKHATE
Maître de Conférences agrégé
Faculté des Sciences juridiques et politiques
Université Cheikh Anta Diop de Dakar / Sénégal

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

L’effectivité du contentieux des actes administratifs au Bénin, au Sénégal et en France. Par SADIKOU KOUFEDJI

       Résumé Le contentieux des actes administratifs est l'ensemble des règles et des recours permettant aux administers de contester la légalité ou les effets d'une décision prise par une autorité publique. Donc, il y a lieu de retenir...

LA JURIDICTION CONSTITUTIONNELLE ET ELECTORALE DU SENEGAL : DES ORIGINES A LA MATURATION. Par

La nécessité de créer un organe chargé du contrôle de constitutionnalité des lois a été l’un des grands thèmes débattus en Europe par la doctrine au tout début du 20ème siècle[1]. À la suite de l’expérience américaine, les idées de la doctrine constitutionnelle et...

La transparence des marchés publics à l’épreuve des procédures dérogatoires au Sénégal. Par OUMAR SOW

Introduction                 Les marchés publics sont l’une des activités de l’administration les plus exposées au gaspillage, mais aussi à la fraude et à la corruption en raison de leur...

La récente mise en œuvre du contrôle de proportionnalité par le Conseil constitutionnel sénégalais : retour sur la Décision n° 2/C/2026 du 07 avril 2026. Par Masse NIANG

L’essentiel : Saisi d’un recours en déclaration d’inconstitutionnalité sur le fondement de l’article 92 alinéa premier de la Constitution dans sa rédaction résultant de l’article premier de la loi constitutionnelle n° 2016-10 du 05 avril 2016 portant révision de la...

La réforme du Code général des Impôts, clin d’œil au lator- lex. Par Saliou Diop CISSE

Reforme_du_Code_general_des_impots_-_version_prete_a_imprimerTélécharger

Les incongruités du découpage administratif des Collectivités territoriales au Sénégal. Par Tidiane BA

Résumé : la décentralisation a toujours été pour le Sénégal un enjeu de taille, dont la progression et la prudence demeurent un sacerdoce pour arriver à des résultats louables. Cela incite majoritairement l’État central à mener des actions fortes, un dialogue...

LES DÉRIVES FINANCIÈRES DE L’ÉTAT AU SÉNÉGAL (2019-2024)Lecture juridique du rapport d’audit de février 2025 de la Cour des comptes : diagnostic d’un système financier parallèle.

Résumé À partir du rapport de février 2025 de la Cour des comptes sur la gestion des finances publiques du Sénégal pour la période du 1er janvier 2019 au 31 mars 2024, la présente étude propose une lecture d’ensemble des principales dérives relevées dans l’exécution...

LA PROMULGATION DE LA LOI DANS LES SYSTEMES CONSTITUTIONNELS DES ETATS D’AFRIQUE NOIRE FRANCOPHONE. Par Nfally CAMARA

RRC Revue des Réflexions constitutionnelles n° 064- Décembre 2025, pp. 87-119 Résumé La présente réflexion est une contribution au débat sur la procédure législative dans les systèmes constitutionnels des Etats d’Afrique noire francophone, notamment avec la...

Propos hâtés sur le dispositif de Contenu Local dans les industries extractives au Niger. Par ALASSANE SOUFOUYANOU Abdourahimoune

INTRODUCTION « Les ressources naturelles et du sous-sol sont la propriété du peuple nigérien (...) »[1]. L’Etat y exerce sa souveraineté[2] tel que consacré par l’article 2 paragraphe 2 de la Charte des droits et devoirs économiques des Etats (1974) qui pose...