Le Premier Ministre Ousmane SONKO a-t-il le statut de député ? Par Pr Meissa DIAKHATE

Comme suite à notre contribution intitulé « les angles morts de la réintégration du Premier Ministre à l’Assemblée nationale », le débat s’est cristallisé sur la question de l’effectivité de statut de député du Premier Ministre, absent de la séance inaugurale de la XVe Législature.

  • L’entrée en fonction du député

Le 14 septembre 2022, dans une contribution intitulée « Le règlement intérieur de l’Assemblée nationale est-il devenu un bifrons juridique ? », j’ai pu, à juste titre, écrire ceci :

« L’expression « entrée en fonction des députés » a été invoquée lors des débats avec certaines prétentions sémantiques. Interroger le RIAN, ses articles peinent à vous répondre ; seuls les articles 110 et 118 mentionnent l’expression, sans aucune indication de signification.

C’est précisément l’article 51 relatif au régime de « l’immunité » du député qui traite de la question, sans avoir expressément mentionné la notion d’ « entrée en fonction » : « Aucun député ne peut être poursuivi, recherché, arrêté, détenu ou jugé à l’occasion des opinions ou votes émis par lui dans l’exercice de ses fonctions. Le député est couvert par l’immunité à compter du début de son mandat qui prend effet dès la proclamation des résultats de l’élection législative par le Conseil constitutionnel« .

Fallait-il alors en déduire que la date de l’installation du Bureau de l’Assemblée nationale marque le point de départ de l’entrée en fonction ? La réponse s’impose en considération de la confusion sophistique qui a rythmé des débats parlementaires. A vrai dire, il s’agissait ce 12 septembre 2022 non pas d’une « entrée en fonction » ou « installation des députés » nouvellement élus mais plus exactement de « l’installation du Bureau définitif« .

Cette démarcation nécessaire avait besoin d’être faite. C’est à bon droit que les textes pertinents s’abstiennent de faire état de la notion d’ « installation des députés » ; il en est ainsi du décret n° 2022-1554 du 24 août 2022 dont l’objet porte sur « la date d’ouverture de la première session ». On peut y ajouter l’article 63 de la Constitution du 22 janvier 2001 en vigueur ainsi articulé : « la date d’ouverture de la première session de l’Assemblée nationale nouvellement élue » est fixée par le Président de la République. Enfin, le RIAN en son chapitre 4 traitant des articles 8 à 16 est intitulé  » Constitution du Bureau de l’Assemblée nationale« . Pour que nul n’en ignore, on peut bien conclure que l’entrée en fonction est bien distincte de l’installation du Bureau définitif de l’Assemblée nationale. » » (fin de citation)

Bien plus, il convient d’invoquer l’article 27 de la loi organique n° 2025-11 du 18 août 2025 portant Règlement intérieur de l’Assemblée nationale : « Au début de chaque législature et à l’ouverture de la session ordinaire unique et après l’installation du Bureau définitif, l’Assemblée nationale constitue ses commissions permanentes ». 

En précision, nous rappelons que ce qui est appelé « installation » n’est pas une formalité juridique substantielle ni un rituel formalisé : ce sont les agents de l’Administration de l’Assemblée nationale qui, fièrement, font arborer aux députés élus les attributs officiels (écharpe, pins, etc.). Rien de plus : ni serment ni formule solennelle prononcée par une autorité quelconque.

D’ailleurs, la seule fois où le Règlement intérieur évoque le terme, c’est dans cette disposition : « Hors session, le Bureau reçoit et/ou constate la démission d’un député et installe son suppléant. » (4e alinéa de l’article 9 de la loi organique n° 2025-11 du 18 août 2025 portant Règlement intérieur de l’Assemblée nationale).  

C’est toute la différence avec le Président de la République : « Le Président de la République est installé dans ses fonctions après avoir prêté serment devant le Conseil constitutionnel en séance publique. » (alinéa premier de l’article 37 de la Constitution).

Conclusion : Ousmane SONKO est bien député au sens de l’article 2 du dispositif de la Décision n° 20/E/2024 du 27 novembre 2024 : « Sont déclarés définitivement élus députés à l’Assemblée nationale : (…) Au scrutin proportionnel sur une liste nationale (…) Parti PASTEF : 1. OUSMANE SONKO : 2. MBENE FAYE, 3. SALIOU NDIONE etc. ».

A suivre…

Par Pr Meissa DIAKHATE

Agrégé des Facultés de droit

Directeur et Consultant du CERACLE

4 Commentaires

  1. Fall

    Qu’allez-vous faire avec e cas d’incompatibilité?

    Réponse
    • Fall

      Vraiment professeur, vous avez éclairé les zones d’ombre

      Réponse
  2. Papa Yoro Fall

    Merci cher professeur

    Réponse
  3. Ababacar NDIAYE

    Merci encore cher Professeur pour ces belles précisions très enrichissantes. Quand les sachants prennent la plume, les profanes s’inclinent. Fierté renouvelée cher Maître 🙏

    Réponse

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