Constatation de la démission de Barthélémy DIAZ de son mandat de conseiller municipal de la ville de Dakar: parlons du droit simple. Par Khadim NDIAYE

L’acte de constatation de la démission de Monsieur DIAZ de son mandat de conseiller municipal de la ville de Dakar a suscité beaucoup de réactions.
Pour certains, le Préfet n’a pas fondé son acte dans la légalité ,car estimant que les dispositions des articles L. 29 et L. 30 du Code électoral invoquées sont inopérantes en l’espèce ( elles ne traitent que les conditions d’inscription sur les listes électorales).

Or, en vertu d’un raisonnement juridique très simple, mais légale, il convient de retenir que, c’est en bon droit ,que le préfet du département de Dakar a pris son acte.

En effet, quelqu’un qui s’est inscrit sur les listes électorales peut bel et bien y être supprimé quand il ne jouit plus du droit de vote dans des cas prévus par la loi.
Donc, si on ne peut pas ou ne plus voter, on ne saurait prétendre à un mandat électif ( on devient alors inéligible).
Cette situation nous renvoie à l’un des cas d’inéligibilité prévus, non pas par les dispositions des articles L. 271 et L.272 du Code électoral, comme le soutiennent certains,mais par les dispositions des articles L. 29 et L. 30.
Ceci est d’autant plus vrai que l’article L. 277 qui sert de base légale à l’acte du prefet, n’a pas fait une énumération exhaustive des cas d’inéligibilité dont le champs d’application dépasse forcément celui des articles L. 271 et L. 272.Et comme le dit l’adage juridique, il est interdit de distinguer là où la loi ne distingue pas( en faisant un renvoi systématique aux articles L. 271 et L. 272 pour l’application des dispositions de l’article de L.277, d’aucuns ont fait dire à cet article ce qu’il n’a pas dit).
Dans ce sillage, tout le monde s’accorde sur le fait que Monsieur DIAZ est sous le coup de l’article L.29 dans son troisième tiret qui évoque les cas de condamnation à plus de trois mois d’emprisonnement sans sursis ou les peines d’emprisonnement d’une durée supérieure à six mois avec sursis pour un délit autre que ceux énumérés au deuxièmement ci- dessous sous réserve des dispositions de l’article L. 28.
Et lorsque cette condamnation est définitive ( en l’espèce l’arrêt de la Cour suprême saisi en cassation par la défense), l’article 30 entre en action comme l’a exactement fait le Préfet qui est alors fondé à invoquer les dispositions de L. 272 pour constater la démission de Barthélémy DIAZ de son mandat de conseiller municipal consécutivement à son inéligiblité.

Par conséquent, la vérité est que,l’acte du préfet a épousé les contours d’une logique juridique à la fois légale et séduisante.

Pour finir, nous pensons que les moyens soulevés par les avocats de Monsieur DIAZ en soutien à leur double appel ne nous semblent pas fondés.

En effet, le double recours devant la Cour suprême et la Cour d’appel pose des questions quant à leur recevabilité.
De prime abord, le recours pour excés de pouvoir (qui est admis qu’en l’absence de recours parralele) n’est pas aussi recevable en matière électorale qui relève du plein contentieux et de la compétence de la Cour d’appel, comme l’a fermement indiqué l’article L.277.
Aussi,dans cette matière, le recours n’est pas suspensif.

de surcroît , l’incompétence soulevée pour un intérimaire à prendre cet acte, ne saurait être fondée ,en ce sens que l’interimaire dispose de tous les pouvoirs du titulaire pendant la durée de l’intérim.

Par Khadim NDIAYE

Commissaire aux Enquêtes économiques principal.

1 Commentaire

  1. Touré

    C’est très intéressant Khadim Diop votre raisonnement.
    Juste pour attirer l’intention, je pense que l’un des deux recours des avocats de Diaz, c’est plutôt au niveau du conseil constitutionnel et non la cour suprême. Et l’autre recours au niveau de la Cour d’Appel.

    Réponse

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Note sur le communiqué du Bureau de l’Assemblée nationale du 28 août 2026

Objet : conformité du décret présidentiel n° 2026-1530 du 24 août 2026 et du courrier du Premier Ministre du 24 août 2026 relatifs à la Déclaration de politique générale (DPG), au regard de la Constitution et de la loi organique n° 2025-11 du 18 août 2025 portant...

À propos de l’amendement gouvernemental n° 1 à la proposition de loi sur les crédits spéciaux : pour une clarification doctrinale de l’expression « dépenses effectuées sur crédits spéciaux ». Par Mamadou Abdoulaye SOW

Note liminaire La présente étude a été rédigée et achevée avant que l’auteur ait pris connaissance de la décision n° 7/C/2026 du Conseil constitutionnel, rendue le 25 août 2026 sur la proposition de loi n° 36/26 relative au régime juridique des crédits spéciaux. Elle...

Le législateur, la politique et la mécanique du droit public financier. À propos du budget et des fonds spéciaux de la Présidence de la République du Sénégal. Par Omar SADIAKHOU

Introduction Le débat sur le contrôle du budget de la Présidence de la République a pris, au Sénégal, une actualité particulière. Une députée de la majorité a récemment évoqué l'idée d'une mission de contrôle du budget présidentiel, dont l'enveloppe est passée de 78,6...

Le Code de la sécurité sociale est voté. Reste à le financer. Par Mayacine MBAYE

L’Assemblée nationale a adopté, le 18 août 2026, le projet de loi n° 16/2026 portant Code de la sécurité sociale. Le texte étend la couverture aux indépendants, aux artisans, aux commerçants, aux transporteurs et aux acteurs de l’économie informelle, crée une pension...

Les fonds spéciaux au Sénégal : à la recherche de fondements juridiques. Par Lamine KOTE

Depuis le 10 août 2026, l'Assemblée nationale du Sénégal examine en urgence, dans le cadre d'une session extraordinaire, une proposition de loi consacrée au régime juridique des « crédits spéciaux ». Cette actualité admet une interrogation ancienne : les fonds...

Les reports des élections territoriales au Sénégal.

i) Loi sénégalaise n° 60-26 du 1er février 1960 prorogeant le mandat des conseils municipaux et des commissions municipales des communes du Sénégal et, par dérogation aux dispositions de l’article 41 de la loi du 05 avril 1884, prorogé jusqu’à la proclamation des...

LA JURIDICTION CONSTITUTIONNELLE ET ELECTORALE DU SENEGAL : DES ORIGINES A LA MATURATION. Par

La nécessité de créer un organe chargé du contrôle de constitutionnalité des lois a été l’un des grands thèmes débattus en Europe par la doctrine au tout début du 20ème siècle[1]. À la suite de l’expérience américaine, les idées de la doctrine constitutionnelle et...

Fonds spéciaux : du secret sans témoin au secret sous témoin. Par Dr Mor FALL

Il existe dans le budget une zone d’ombre qui plane autour de l’emploi de certains types de crédits : « fonds spéciaux », « fonds secrets », « fonds politiques ». La diversité du champ lexical n’est pas innocente. Elle traduit...

COMPRENDRE LES FONCTIONS DU BUDGET DE L’ÉTAT. Par Mamadou Lamine GUEYE

Le terme « budget » trouve ses origines étymologiques dans le mot de vieux français bougette, désignant la petite bourse en cuir portée à la ceinture par les marchands ou les voyageurs pour y serrer leur monnaie. Exporté en Angleterre après la conquête normande, le...

Le réveil de l’Afrique : entre contradictions sociales, crise des valeurs et espoir d’un développement fondé sur l’éthique. Par Professeur Moussa SEYDI

En observant ce qui se passe autour de moi, j’ai ressenti un appel intérieur : partager mes pensées telles qu’elles me viennent, dans l’espoir qu’elles puissent toucher, ne serait-ce qu’une seule âme. Ma vie professionnelle, faite d’études, de travail et de...