« L’argent n’aime pas le bruit ». Cette maxime attribuée à Alassane Ouattara[1] renvoie à l’idée selon laquelle l’argent préfère les environnements calmes, propices à la concentration et à la productivité. Elle postule que les transactions financières s’épanouissent dans la discrétion et loin de la publicité excessive. En conséquence, les acteurs des sphères financières, notamment ceux investis dans des missions sensibles, prônent souvent la retenue et la réserve.
Cette posture a longtemps été adoptée par la Direction générale de la Comptabilité publique et du Trésor, fidèle à son devoir de réserve. Cependant, à l’ère de la transparence et de l’idée de redevabilité, cette attitude discrète entre en confrontation avec l’explosion des commentaires, critiques et analyses des opérations financières publiques, parfois justifiées, parfois injustifiées. Aujourd’hui, en effet, les finances publiques se trouvent au centre de débats intenses et de polémiques fréquentes. Cette dynamique s’explique par les impératifs du Code de transparence dans la gestion des finances publiques[2], qui consacre une nouvelle ère où l’argent public devient un bien commun placé « au cœur de l’État de droit et de la démocratie ». Ce Code insiste sur le fait que « les citoyens, en tant que contribuables et usagers des services publics, doivent être informés de manière claire, régulière et complète sur la gouvernance des fonds publics ».
Le droit à l’information financière ainsi formellement institué introduit un changement de paradigme dans la gestion des finances publiques et les pratiques des acteurs. En effet, qu’elles soient complètement divulguées ou non, ces informations financières sont de nature à susciter et à alimenter des bruits.
Le « bruit » dont il est question, en l’espèce, est spécifiquement entendu comme la clameur publique, c’est-à-dire, les réactions collectives, les débats citoyens et les pressions sociales suscités par des événements marquants ou révélations liées aux finances publiques. Ce bruit, amplifié par les médias et les réseaux sociaux, constitue une force puissante qui peut, selon les contextes, jouer un rôle positif en renforçant la transparence et en favorisant des réformes ou négatif en créant des divisions, de la confusion et des décisions précipitées.
Par conséquent, d’autres formes de bruits sont délibérément exclues de cette analyse. Ce sont les cas du bruit administratif (erreurs ou dysfonctionnements liés à la gestion interne), du bruit statistique (fluctuations ou incertitudes des données économiques), du bruit technique (anomalies ou problèmes liés aux systèmes de gestion financière), du bruit acoustique dans les bâtiments (nuisances sonores provenant de l’environnement ou de l’architecture, telles que les traitements acoustiques des fenêtres).
La délimitation ainsi opérée vise à recentrer l’analyse sur les dynamiques sociales et politiques propres à la clameur publique, afin d’en explorer les implications uniques pour la gouvernance et les finances publiques. Cette précision permettra d’éviter toute confusion conceptuelle et de recadrer strictement le sujet traité.
En somme, si certains perçoivent ce bruit comme un non-évènement, c’est-à-dire, sans impact significatif sur les finances publiques, il faut reconnaitre qu’il constitue souvent un levier essentiel pour garantir la transparence et rappeler l’État à ses obligations envers les citoyens. Particulièrement amplifié par la montée en puissance des réseaux sociaux, ce bruit influence inévitablement la gestion des finances publiques. Dès lors, une question s’impose : ce bruit, dans ses dimensions retenues, est-il un allié ou un ennemi des finances publiques ?
Réfléchir sur la dynamique entre bruit et finances publiques revêt un intérêt à la fois théorique et pratique certain. En effet, dans le souci de mettre en avant les idées de discrétion, de calme et de modération, particulièrement en lien avec les finances ou la gestion il est traditionnellement soutenu que « le silence est d’or ». Ce proverbe classique souligne la valeur de la discrétion, surtout dans des contextes sensibles comme la gestion financière. Warren Buffett, célèbre investisseur a, un jour, déclaré, à ce sujet, que « vous ne pouvez pas faire un bon deal avec une mauvaise personne dans une ambiance bruyante ». Cela met en lumière l’importance du calme et de la sérénité dans les affaires financières. Dans la même logique, il est affirmé que « le bruit ne fait pas de bien et le bien ne fait pas de bruit ». Attribué à Saint François de Sales[3], ces propos insistent sur l’idée que l’efficacité et la vertu résident dans l’action discrète plutôt que dans le tumulte. Pour Benjamin Franklin, « une petite fuite peut couler un grand navire »[4]. Cette pensée de Franklin peut être analysée comme un appel à la prudence et à la gestion réfléchie, loin des éclats publics. Quant à Sun Tzu, dans L’Art de la guerre, il propose ceci : « Laissez vos plans être sombres et impénétrables comme la nuit et quand vous bougez, frappez comme la foudre »[5]. Il décline, ainsi, une approche stratégique qui valorise la retenue et la réflexion avant l’action. Ces différentes positions, bien qu’elles ne mentionnent pas explicitement l’argent, partagent des principes similaires à la maxime d’Alassane Ouattara : l’importance de la retenue, du calme et de la discrétion dans des domaines sensibles.
Sur un autre registre, d’autres positions non de moindre, mettent en exergue l’idée de bruit en insistant sur l’importance de la transparence, de la responsabilité et de l’engagement citoyen dans la gestion des finances publiques. A ce propos, Adam Smith, dans « la richesse des nations »[6], écrit que « la transparence est un fondement essentiel pour garantir la confiance dans la gestion des finances publiques ». Cela souligne l’importance d’une communication claire et ouverte.De son côté, Joseph Stiglitz, économiste et prix Nobel, dans ses travaux, affirme que « la transparence est un outil puissant pour lutter contre la corruption et renforcer la responsabilité publique ». Ce principe s’applique directement à la gestion des fonds publics. La Charte des Nations Unies pour la transparence dans les finances publiques indique qu’« une gestion financière responsable repose sur une information claire, accessible et partagée avec les citoyens ». Elle cadre, dès lors, avec les exigences de participation et d’information au profit des citoyens. François Hollande, ancien président français, a déclaré que « l’exigence de transparence est une condition essentielle de la démocratie ». Ces propos renforcent le lien entre finances publiques, démocratie et accountability. Quant à Amartya Sen, un autre prix Nobel d’économie, il a souligné dans Development as Freedom (1999) que « l’accès à l’information est un droit fondamental qui permet aux citoyens de demander des comptes à leurs gouvernements ». Cela peut appuyer l’idée que le bruit, en tant que manifestation publique, joue un rôle crucial. Du point de vue juridique, la Directive de l’UEMOA n°01/2009/CM/UEMOA portant code de transparence dans la gestion des finances publiques précise que : « les citoyens doivent exercer, dans un cadre démocratique, leur droit de regard sur la gestion des finances publiques ». Cette directive libère ainsi « la parole » et par voie de conséquence « le bruit » autour de la gestion de l’aspect sonnant et trébuchant du contrat social. La réponse à la problématique ci-dessus soulevée, bien qu’ambivalente, peut s’articuler autour de deux axes majeurs. D’un côté, le bruit nuit indéniablement à la stabilité et à l’efficacité des finances publiques (II). De l’autre, il constitue, dans certains contextes, un garde-fou indispensable pour préserver l’intérêt général et sauver les finances publiques (I). C’est en cela que la nécessité de trouver un équilibre subtil s’impose.
- Le bruit, un allié de la transparence et de la redevabilité
En plaçant le citoyen, à la fois contribuable et usager des services publics, au cœur du débat public financier, la directive portant Code de transparence ne fait que réitérer deux exigences universelles : permettre au citoyen de constater la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement et d’en suivre l’emploi, d’une part et imposer à tout agent administratif de rendre compte de sa gestion, d’autre part. Ces exigences qui créent le droit à l’information financière et l’obligation d’informer sont de nature à alimenter le bruit dans la gestion des finances publiques. Il convient, dès lors, de montrer que le bruit est un levier de transparence et de participation citoyenne (A) et un moyen de renforcement de la démocratie financière (B).
- Un levier de transparence et de participation citoyenne
Si au regard des textes et principes susvisés, les conditions de transparence et de participation citoyenne doivent être spontanément créées par les gouvernants, force est de constater que tel n’est pas toujours le cas. En effet, au regard de la tentation politico-administrative de retenir ou de dissimuler certaines informations dites sensibles comme celles en rapport avec la gestion des finances publiques, la création de ce cadre est souvent provoquée par la clameur publique. Cette tendance à la rétention d’information peut être interprétée à travers le prisme de Michel Foucault, qui, dans ses travaux sur le pouvoir, souligne comment la connaissance est une forme de contrôle. « Savoir, c’est pouvoir », affirma-t-il, et dans le contexte des finances publiques, l’accès à l’information confère un pouvoir considérable aux citoyens.
Ainsi, lorsqu’elle est constructive, la clameur publique rappelle aux dirigeants leurs obligations envers les citoyens. Le « bruit » généré par les citoyens, que ce soit à travers des manifestations, des pétitions, des réseaux sociaux ou des médias, peut mettre en lumière des problèmes et des dysfonctionnements qui passeraient autrement inaperçus.
L’essor des plateformes numériques a amplifié cette capacité de révélation. Les citoyens, armés de smartphones et de connexions internet, documentent et partagent instantanément des informations, court-circuitant parfois les canaux d’information traditionnels. Les données ouvertes (open data), lorsqu’elles sont accessibles et compréhensibles, permettent une analyse citoyenne des dépenses publiques, transformant le simple « bruit » en une forme de contrôle citoyen.[7]
Comme l’écrivait Albert Camus : « Le rôle d’un écrivain n’est pas d’être avec ceux qui font l’histoire, mais avec ceux qui la subissent. » Cette perspective s’applique également aux citoyens, dont la voix collective peut révéler les injustices et les manquements des gouvernants.
Le bruit peut inciter les autorités à enquêter, à prendre des mesures correctives et à rendre des comptes. Les protestations ou débats publics obligent parfois à réévaluer des politiques injustes ou inefficaces. Dans le même ordre d’idées, l’on peut affirmer que le bruit médiatique ou populaire autour d’une dépense publique jugée suspecte peut pousser l’Administration à reconsidérer ses choix budgétaires ou à renforcer les mécanismes de contrôle. En outre, certains bruits prenant la forme de dénonciations publiques portées par des lanceurs d’alertes ou des journalistes d’investigation obligent parfois les autorités à enquêter et à récupérer des fonds détournés.
L’importance de la liberté de la presse et de l’information est cruciale dans ce contexte. Comme le disait Thomas Jefferson : « là où la presse est libre et où chacun sait lire, tout ira bien. » Une presse libre et des citoyens informés sont les piliers d’une démocratie transparente.
Le bruit peut exercer une pression sur les gouvernements et les institutions pour qu’ils publient des informations et qu’ils rendent leurs processus décisionnels plus transparents.
L’intensité et la nature du « bruit » public peuvent servir d’indicateur de la confiance des citoyens envers leurs institutions. Une clameur persistante et virulente signale souvent une érosion de cette confiance, conséquence d’un manque de transparence ou de décisions jugées injustes. Les gouvernements avisés considèrent ce « bruit » comme un signal d’alarme, les incitant à engager un dialogue constructif et à restaurer la confiance par des actions concrètes. Les citoyens exigent de plus en plus de savoir comment sont utilisés les fonds publics, comment sont prises les décisions politiques et quelles sont les conséquences de ces décisions. Le « bruit » peut mobiliser les citoyens et les inciter à participer activement à la vie publique. Les manifestations, les débats publics et les consultations citoyennes sont autant de moyens par lesquels les citoyens peuvent faire entendre leur voix et influencer les décisions qui les concernent. ».
Cependant, il est crucial de rappeler que la clameur publique n’est pas infaillible. Elle peut être instrumentalisée par des groupes d’intérêt, donnant lieu à des revendications partiales ou à des informations erronées. De plus, la pression de l’urgence peut mener à des décisions hâtives, négligeant les enjeux de long terme. Un débat public éclairé, fondé sur des faits vérifiés et des analyses rigoureuses, est donc indispensable pour que la clameur publique contribue positivement à la gouvernance.
Cette participation active est l’essence même de la démocratie participative, où les citoyens ne sont pas de simples spectateurs, mais des acteurs de la vie publique. Comme le soulignait Gandhi : « Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde. »
A titre illustratif, le bruit et les critiques suscités par le dernier rapport de la Cour des Comptes ont poussé les autorités à annoncer le renforcement des mécanismes de transparence et à commanditer des audits plus détaillés. Cela devrait permettre de mieux informer les citoyens et de poser les bases d’une gestion plus rigoureuse. Pour que cette information citoyenne soit véritablement efficace, un effort soutenu en matière d’éducation civique est nécessaire. Les citoyens doivent être outillés pour comprendre les enjeux budgétaires complexes, analyser les données publiques et participer de manière constructive aux débats. L’éducation civique est ainsi un investissement dans une démocratie plus transparente et plus responsable. Les alertes du FMI sur les risques budgétaires ont suscité des discussions publiques. Les recommandations qui en sont issues devraient encourager le gouvernement à adopter des mesures pour améliorer la transparence et la gestion des finances publiques. C’est dans cette perspective que le FMI a, par exemple, recommandé la publication des données détaillées sur les garanties accordées par l’État, afin de renforcer la confiance des citoyens et des investisseurs.
Au-delà de ces recommandations, la mise en place de mécanismes de participation structurée, tels que les budgets participatifs ou les conseils de citoyens, permettrait d’institutionnaliser le dialogue entre les citoyens et les autorités. Ces espaces de participation offrent un cadre pour des échanges constructifs et pour une co-construction des politiques publiques, renforçant ainsi la légitimité des décisions et la confiance des citoyens.
Ces exemples concrets illustrent comment la pression publique et les recommandations des institutions internationales peuvent conduire à des améliorations tangibles en matière de transparence et de gouvernance financière.
En conclusion, si la transparence et la participation citoyenne devraient être des pratiques spontanées, la réalité démontre que la clameur publique reste un levier essentiel pour les garantir. Il est donc crucial de favoriser un environnement où les citoyens peuvent exprimer leurs préoccupations et où les gouvernants sont tenus de rendre des comptes.
En prolongeant cette idée, il apparait que le bruit est un moyen de renforcement de la démocratie financière.
B. Un moyen de renforcement de la démocratie financière
Le concept de démocratie financière, inclus dans le concept plus large de démocratie économique[8], s’est développé au fil du temps à travers les contributions de divers penseurs, économistes et militants. L’idée de démocratie financière est étroitement liée à l’évolution de la démocratie elle-même. Les principes de transparence, de responsabilité et de participation citoyenne ont progressivement été appliqués au domaine des finances publiques.
Des penseurs politiques et économiques ont contribué à l’élaboration de ces idées, en soulignant l’importance de la transparence et de la responsabilité dans la gestion des fonds publics. Des économistes comme Joseph Stiglitz et Amartya Sen ont joué un rôle important dans la promotion de la transparence et de la responsabilité dans la gestion des finances publiques. Les mouvements sociaux et les organisations de la société civile ont également joué un rôle crucial dans la promotion de la démocratie financière, en demandant une plus grande transparence et une meilleure participation citoyenne dans les décisions financières.
Aujourd’hui, la démocratie financière se nourrit de la transparence, de la responsabilité, de la participation citoyenne, de l’équité et de la lutte contre la corruption, faisant du « bruit » – expression des opinions publiques et des revendications citoyennes – un levier essentiel pour renforcer ces principes et garantir une gestion plus juste et efficace des finances publiques.
A ce propos, Abraham Lincoln disait : « l’opinion publique, dans ce pays, est tout. Avec l’opinion publique, rien ne peut échouer. Sans elle, rien ne peut réussir. » Cette citation met en évidence le pouvoir de l’opinion publique dans une démocratie.
En général, une société bruyante est souvent une société vivante et engagée. Le rôle des médias et de la société civile dans la surveillance des finances publiques est révélateur du niveau de culture citoyenne et du rapport à la gestion publique. Ainsi, placer l’argent public au cœur de l’Etat de droit et de la démocratie revient à faire de certains bruits, de certaines polémiques autour de sa gestion un moteur de changement conduisant à des réformes majeures pour une meilleure gestion ou allocation des ressources publiques.
Au-delà de la simple révélation des dysfonctionnements, le « bruit » public peut jouer un rôle proactif dans la démocratie financière. Il peut encourager l’innovation et l’expérimentation en matière de politiques publiques. Par exemple, la pression citoyenne peut inciter les gouvernements à explorer de nouvelles formes de budget participatif ou à adopter des technologies de pointe pour améliorer la transparence et l’efficacité des dépenses publiques.
De plus, le « bruit » peut favoriser l’émergence d’une culture de la redevabilité. Lorsque les citoyens savent que leurs voix sont entendues et que leurs préoccupations sont prises au sérieux, ils sont plus susceptibles de participer activement à la vie publique et de tenir leurs élus responsables. Cette culture de la redevabilité est essentielle pour prévenir la corruption et garantir une gestion saine des finances publiques.
Il est également important de souligner que le « bruit » peut contribuer à l’éducation financière des citoyens. Les débats publics sur les questions budgétaires et financières permettent aux citoyens de mieux comprendre les enjeux économiques et de développer leur esprit critique. Cette éducation financière est cruciale pour une participation citoyenne éclairée et pour une démocratie financière robuste.
Cependant, il est crucial de reconnaître que le « bruit » doit être canalisé et encadré pour être constructif. Les gouvernements doivent mettre en place des mécanismes de dialogue et de consultation pour permettre aux citoyens d’exprimer leurs opinions de manière structurée et constructive. Les médias et la société civile ont également un rôle important à jouer dans la promotion d’un débat public informé et équilibré.
Au Sénégal, le bruit a joué un rôle déterminant dans plusieurs situations, démontrant son influence sur la démocratie financière :
D’abord, les révélations sur l’utilisation opaque des fonds secrets[9] ont suscité une vive indignation. La clameur publique, relayée par les médias et la société civile, a exigé une enquête et des sanctions, contribuant à une plus grande transparence dans la gestion des fonds publics mais aussi à un regard plus pressant sur l’utilisation des fonds politiques .
Aussi, des soupçons de corruption dans l’attribution de certains contrats publics ont-ils également soulevé des protestations. La pression de l’opinion publique a incité les autorités à renforcer les mécanismes de contrôle et de régulation.
Par ailleurs, les discussions autour de la loi de finances sont souvent l’occasion pour la société civile et les organisations de défense des droits de l’homme de faire entendre leurs voix. Des manifestations et des pétitions ont été organisées pour demander une meilleure allocation des ressources et une plus grande équité fiscale.
En outre, des projets d’infrastructures, tels que la construction de l’autoroute à péage, ont suscité des débats sur leur coût et leur impact social. La clameur publique a incité les autorités à revoir certains aspects des projets et à renforcer la transparence dans leur réalisation.
On peut multiplier les exemples en constatant quedes scandales financiers impliquant des banques ont suscité des inquiétudes quant à la solidité du système financier. La pression de l’opinion publique a incité les autorités à renforcer la surveillance des institutions financières et à prendre des mesures pour protéger les épargnants.
Également, des mouvements sociaux, tels que les mouvements de lutte contre la vie chère, ont exprimé leur mécontentement face aux inégalités économiques. La clameur publique a incité les autorités à prendre des mesures pour réduire les inégalités et améliorer les conditions de vie des populations les plus vulnérables.
Aussi, la société civile et les médias ont-ils joué un rôle crucial dans la promotion de l’accès à l’information sur les finances publiques. La pression de l’opinion publique a incité les autorités à adopter des lois et des politiques visant à renforcer la transparence et la responsabilité dans la gestion des fonds publics.
Ces exemples montrent comment la clameur publique peut contribuer à renforcer la démocratie financière au Sénégal en exerçant une pression sur les autorités pour qu’elles rendent des comptes, en influençant les décisions politiques et en promouvant la transparence et la responsabilité.
Enfin, il est essentiel de souligner que la démocratie financière ne se limite pas à la transparence et à la participation citoyenne. Elle implique également la mise en place de mécanismes de contrôle indépendants et efficaces, tels que les Cours des Comptes et les autorités de régulation financière. Ces institutions jouent un rôle crucial dans la surveillance des finances publiques et dans la garantie de la bonne gestion des fonds publics.
Toutefois, il convient de souligner que le bruit, bien qu’utile à la transparence et à la démocratie financière, peut aussi constituer un risque pour la santé des finances publiques
II. Le bruit, une menace pour la stabilité des finances publiques
Dans les sociétés modernes, la clameur publique revêt une importance capitale dans le fonctionnement des finances publiques. Si elle est parfois présentée comme un moteur de changement positif, il faut noter qu’elle n’est pas toujours bénéfique pour les finances de l’État. En effet, autant les rumeurs infondées et la désinformation entament la confiance vis-à-vis des institutions financières publiques (A), autant elles sont de nature à perturber les priorités et orientations budgétaires du gouvernement (B).
- Un facteur de décrédibilisation et de baisse de confiance
Une des caractéristiques essentielles des sociétés modernes comme la nôtre est sans doute la libéralisation de l’espace médiatique et l’avènement des reseaux sociaux. La sphère publique est un espace où l’opinion publique se forme à travers la communication et le débat[10].Outre les informations fiables qu’ils véhiculent, ces différents canaux participent paradoxalement à la prolifération des critiques infondées et des informations non vérifiées. L’on parle de fake news. L’ampleur de la clameur publique déclenchée par ces errements dépend de la sensibilité de l’objet. En matière financière, objet de toutes les fixations dans un contexte où l’argent est sujet à toutes les convoitises, elle est de nature à créer la panique financière et à entrainer la baisse de confiance[11] envers les institutions financières publiques. En effet, la persistance de certaines rumeurs et des polémiques sur la situation financière d’un Etat est susceptible de provoquer la réticence voire la fuite des investisseurs nationaux et internationaux quand on sait que ceux-ci sont toujours à la quête des cadres juridique, social, économique et financier serein propices aux affaires. Un tel phénomène a une influence négative sur la fiscalité tant directe qu’indirecte de l’Etat créant ainsi un besoin de financement qui pourrait être évité si l’on était dans un climat serein. Pour y remédier et remobiliser les investisseurs, l’Etat serait dans l’obligation d’engager des coûts considérables. Il s’y ajoute le renchérissement des coûts d’emprunts en raison des incertitudes et des risques créés par la clameur publique.
L’exacerbation des polémiques sur, par exemple, le niveau de recouvrement de recettes, la nécessité et la qualité de certaines dépenses publiques, le niveau et la structure d’endettement de l’Etat jette souvent le discrédit sur les institutions publiques financières. La baisse de confiance ainsi créée limite la capacité de l’Etat à lever des fonds ou à gérer efficacement ses finances.
Au Sénégal, le récent rapport de la Cour des Comptes sur la situation des finances publiques pour la période 2019-2024, publié en février 2025, a révélé des anomalies dans la gestion de la dette publique. Ce document met en évidence des écarts significatifs entre les chiffres officiels et la réalité de la dette publique, atteignant 99,67 % du PIB en 2025. Ces révélations ont suscité une vive réaction publique, alimentant les critiques sur la gestion financière du gouvernement précédent. Ces faits ont contribué à une perte de confiance des citoyens et des investisseurs envers les institutions financières. De plus, les accusations portées contre l’ancien gouvernement concernant la manipulation des données financières, notamment la falsification des chiffres budgétaires, ont provoqué une agitation médiatique et politique. Ces événements ont compliqué les relations avec les partenaires internationaux et ont nui à la crédibilité du Sénégal sur la scène financière.
Dans ce contexte de turbulences financières et de perte de confiance, les agences de notation ont rapidement réagi. La récente dégradation de la note du Sénégal par Moody’s et S&P avec une « perspective négative », est une illustration concrète de l’impact des révélations de la Cour des Comptes. Cette décision, motivée par les inquiétudes quant à la soutenabilité de la dette et à la transparence des finances publiques, a des conséquences immédiates notamment le renchérissement des coûts d’emprunts et la fuite des investisseurs.
La dégradation de la note rend plus coûteux, pour le Sénégal, l’emprunt marchés internationaux, limitant ainsi sa capacité à financer des projets de développement et à soutenir la croissance économique.
Aussi, les investisseurs, tant nationaux qu’internationaux, seront-ils plus réticents à investir au Sénégal, craignant une instabilité financière accrue. Cette fuite des capitaux peut entraîner une diminution des investissements directs étrangers (IDE) et une détérioration de la balance des paiements.
Mais, les conséquences de la clameur publique et des dégradations de notation ne se limitent pas à des effets immédiats. Elles ont des répercussions à long terme sur l’économie sénégalaise et la stabilité sociale.
D’abord sur le secteur bancaire, la confiance ébranlée par les révélations financières et les dégradations de notation engendre une prudence accrue au sein du secteur bancaire. Les banques locales, confrontées à un climat d’incertitude, restreignent l’octroi de crédits, ce qui freine l’investissement privé et la consommation des ménages. Cette contraction du crédit risque de ralentir l’activité économique et de limiter les opportunités de croissance pour les entreprises. Parallèlement, la panique suscitée par les rumeurs et les informations non vérifiées peut provoquer des retraits massifs de dépôts, entraînant des problèmes de liquidité pour les établissements bancaires. Une telle situation pourrait déstabiliser l’ensemble du système financier, avec des conséquences potentiellement graves pour l’économie nationale.
Ensuite sur le plan social, la détérioration de la situation économique se traduit inévitablement par des répercussions sociales significatives. L’augmentation du chômage, en particulier chez les jeunes, constitue une menace sérieuse pour la stabilité sociale. Les difficultés économiques peuvent également contraindre le gouvernement à réduire les dépenses publiques, ce qui affecte la qualité des services publics essentiels tels que la santé et l’éducation. Cette détérioration des services publics exacerbe les inégalités et alimente le mécontentement social, créant un terrain propice à l’instabilité politique.
Par ailleurs, les projets d’infrastructure essentiels, moteurs de la croissance économique à long terme, sont particulièrement vulnérables dans un contexte de crise financière. Les difficultés de financement, aggravées par la dégradation de la note du pays, peuvent entraîner des retards ou des annulations de projets cruciaux. Les investissements dans les infrastructures, tels que les routes, les ponts, les ports et les aéroports, sont essentiels pour améliorer la compétitivité du pays et attirer les investissements étrangers. Leur interruption compromet le développement économique et social à long terme.
En outre, la crise de confiance et les dégradations de notation ont des répercussions directes sur l’économie réelle. L’inflation, alimentée par la dévaluation potentielle de la monnaie et les difficultés d’approvisionnement, réduit le pouvoir d’achat des ménages et érode la stabilité macroéconomique. Le déséquilibre de la balance commerciale, aggravé par la diminution des investissements étrangers et l’augmentation des coûts d’importation, met à rude épreuve les réserves de change du pays. Le pessimisme économique, qui se répand dans la population et parmi les investisseurs, décourage l’investissement et la consommation, créant un cercle vicieux de déclin économique.
Enfin, sur le plan psychologique et comportemental, la clameur publique et les informations non vérifiées peuvent engendrer des comportements de panique, amplifiant les difficultés économiques. Les rumeurs et les informations erronées peuvent inciter les épargnants à retirer leurs dépôts des banques[12], les investisseurs à vendre leurs actifs et les consommateurs à réduire leurs dépenses. Ces comportements irrationnels, alimentés par la peur et l’incertitude, peuvent déstabiliser les marchés financiers et aggraver la crise économique.
Le Fonds Monétaire International (FMI), acteur clé de la stabilité financière mondiale, n’a pas publiquement commenté la dégradation de la note du Sénégal mais il est probable qu’il ait exprimé ses préoccupations au gouvernement sénégalais.
Le FMI pourrait apporter un soutien financier au Sénégal, mais ce soutien serait probablement conditionné à la mise en œuvre de réformes rigoureuses.
La crise de confiance actuelle a des conséquences à long terme pour l’économie sénégalaise. La diminution des investissements, le renchérissement des coûts d’emprunt et la nécessité de mesures d’austérité budgétaire peuvent freiner la croissance économique et compromettre les efforts de développement. Il est essentiel que le gouvernement sénégalais prenne des mesures rapides et efficaces pour rétablir la confiance des investisseurs et des partenaires internationaux. Cela passe par une communication transparente, des réformes structurelles et un engagement ferme en faveur de la bonne gouvernance financière.
L’impact de la clameur publique ainsi brièvement rappelé peut faire perdre à l’Etat toute sa lucidité financière et budgétaire et lui provoquer des perturbations dans ses choix et orientations en la matière.
B. Un instrument de perturbation des priorités et orientations budgétaires
Dans un régime démocratique comme celui du Sénégal, l’opinion publique joue un rôle déterminant dans le processus décisionnel. Les autorités gouvernementales, conscientes de l’importance de l’adhésion populaire, recourent souvent à la technique du « ballon d’essai » également appelée « sondage d’opinion informel »[13]. Cette stratégie consiste à diffuser discrètement une information, souvent sous forme de rumeur, afin d’évaluer la réaction de la société avant de prendre une décision définitive.
Par exemple, lors de discussions sur d’éventuelles réformes du système de retraite ou des ajustements tarifaires sur les services essentiels, le gouvernement peut laisser filtrer des informations non officielles. Si la réaction de l’opinion publique est majoritairement négative, marquée par des manifestations de mécontentement ou des critiques virulentes sur les réseaux sociaux, les autorités s’empressent de démentir l’information, la qualifiant de « rumeur infondée ». À l’inverse, si la proposition suscite un accueil favorable ou une absence de contestation significative, le gouvernement confirme officiellement le projet et procède à sa mise en œuvre.
Cette pratique permet d’évaluer le niveau de risque politique associé à certaines décisions, d’anticiper les réactions de la population et d’adapter les politiques publiques en conséquence. Cependant, elle peut également être perçue comme une forme de manipulation de l’information, suscitant la méfiance de l’opinion publique.
En matière financière, l’opinion publique est une force puissante qui influence les décisions budgétaires et fiscales. Les gouvernements doivent tenir compte des préoccupations et des attentes des citoyens, tout en veillant à l’équilibre des finances publiques et à la réalisation des objectifs de politique économique. Néanmoins, la pression de l’opinion publique peut conduire à des décisions budgétaires précipitées et démagogiques. Face à une clameur publique intense, alimentée par des informations ou des désinformations, les autorités peuvent être tentées de prendre des mesures d’urgence pour apaiser les tensions, sans tenir compte des conséquences à long terme.
Au Sénégal, lors de périodes de fortes tensions sociales, comme les manifestations liées à la hausse des prix des denrées de première nécessité, le gouvernement peut décider d’augmenter les subventions sur certains produits ou d’accorder des aides financières exceptionnelles à certaines catégories de population[14], une pratique qui, bien qu’ayant un impact immédiat sur le pouvoir d’achat, pose la question de la soutenabilité budgétaire à long terme, notamment dans un contexte où les subventions représentent déjà une part significative des dépenses publiques. Bien que ces mesures puissent apporter un soulagement immédiat, elles peuvent également déséquilibrer le budget de l’État et compromettre la réalisation d’objectifs de développement à long terme.
Cette « démagogie budgétaire et financière » perturbe la planification budgétaire, notamment dans le cadre du budget-programme, qui repose sur une approche pluriannuelle et une allocation rationnelle des ressources. Les décisions prises dans l’urgence, sous la pression de l’opinion publique, peuvent entraîner une fragmentation des priorités gouvernementales et rendre difficile le maintien d’un climat de travail serein pour les gestionnaires financiers.
Les pressions politiques et les revendications populaires, souvent bruyantes, peuvent influencer, voire détourner, les priorités budgétaires. Par exemple, des manifestations étudiantes exigeant de meilleures conditions d’études peuvent amener le gouvernement à réallouer des fonds initialement destinés à la santé ou à l’agriculture.
De même, lors de catastrophes naturelles, comme les inondations, le gouvernement doit mobiliser des fonds d’urgence pour venir en aide aux populations sinistrées, ce qui peut entraîner des coupes budgétaires dans d’autres domaines. Ces décisions, bien que nécessaires, peuvent perturber la mise en œuvre des politiques publiques et compromettre la réalisation des objectifs de développement.
Aussi, les décisions prises sous la pression de l’opinion publique peuvent-elles privilégier les dépenses à court terme et les mesures populistes, au détriment des investissements à long terme dans des secteurs clés tels que l’éducation, la santé ou les infrastructures.
Cela peut entraîner une détérioration de la qualité des services publics et compromettre le développement économique à long terme.
Par ailleurs, la pression de l’opinion publique peut créer un environnement propice au clientélisme et à la corruption, car les politiciens peuvent être tentés d’utiliser les fonds publics pour acheter le soutien de certains groupes ou individus[15].
Cela peut entraîner une mauvaise allocation des ressources publiques et une perte de confiance dans les institutions publiques.
Enfin, face à la clameur publique,les gouvernements peuvent hésiter à mettre en œuvre des réformes impopulaires mais nécessaires, telles que la réduction des subventions[16] ou l’augmentation des impôts[17], par crainte de réactions négatives de l’opinion publique.
Cela peut retarder les ajustements budgétaires nécessaires et aggraver les problèmes financiers à long terme.
En définitive, l’exemple du récent rapport de la Cour des Comptes illustre la double nature du « bruit » : catalyseur de changement positif lorsqu’il est constructif, il peut aussi nuire à la stabilité financière s’il est mal géré ou fondé sur des informations erronées. Toutefois, il est légitime de s’interroger sur l’impact réel de ce tumulte. Si l’État avait déjà perdu le contrôle de l’information financière, ce « bruit » n’a-t-il pas simplement mis en lumière des problèmes structurels qui exigeaient une correction ?
En réalité, ces situations révèlent une dynamique complexe. Le « bruit », qu’il provienne des médias, de rapports ou de critiques publiques, peut servir de révélateur lorsque l’État perd la maîtrise de l’information. Il alerte sur des problèmes de transparence ou de cohérence des données financières, agissant comme un levier de réforme. Cependant, à court terme, ces révélations peuvent engendrer une perte de crédibilité et une instabilité économique, surtout si l’État réagit de manière inadéquate.
Ainsi, cette situation ne doit pas être analysée de manière unilatérale. Le « bruit » peut induire une meilleure gouvernance, mais aussi entraîner des coûts immédiats en termes de confiance et de stabilité. L’impact final dépend de la capacité des autorités à restaurer la maîtrise de l’information et à renforcer la transparence. Si des réformes sont entreprises, les effets positifs l’emporteront sur les aspects négatifs.
En conclusion, la réflexion a montré que le bruit peut à la fois nuire et sauver les finances publiques. Autrefois, l’argent public était géré de façon discrète, dans un esprit de sérénité et loin de l’agitation médiatique ou populaire. L’idée était que la discrétion garantissait une gestion efficace et évitait les interférences inutiles. Cependant, avec le temps, les citoyens ont exigé plus de transparence pour mieux comprendre les mécanismes de gestion de l’argent public.
Ce changement de paradigme a conduit à des règles et pratiques qui placent les citoyens au centre de la gestion des finances publiques, comme le droit à l’information et la participation aux débats. La transparence ainsi consacrée demande une grande responsabilité, tant des dirigeants que des citoyens. Sans une gestion prudente, elle peut devenir contre-productive : les rumeurs, les critiques excessives ou la désinformation peuvent nuire à la confiance et à l’efficacité.
L’enjeu actuel réside dans l’équilibre à trouver. La transparence doit servir de levier pour renforcer la confiance et la participation, tout en prévenant les dérives susceptibles de perturber la stabilité financière. Ainsi, une communication prudente et responsable des autorités et des acteurs financiers s’impose comme un impératif majeur.
Par Issoufou ADAMOU
Maître de Conférences
Faculté des sciences juridiques et politiques – UCAD
Fsjp /UCAD
Par Modou BEYE
Inspecteur du trésor, Directeur des finances et de la comptabilité, SAFRU SA
[1] L’expression « l’argent n’aime pas le bruit » est un adage populaire qui signifie que les personnes riches et influentes préfèrent la discrétion et la tranquillité. Elles évitent les scandales, les conflits et les situations qui pourraient attirer l’attention sur leur richesse ou leurs activités.
L’origine exacte de cette expression est difficile à déterminer, mais elle est souvent attribuée à des hommes d’affaires ou des financiers qui ont souligné l’importance de la discrétion dans le monde des affaires.
Alassane Ouattara a juste popularisé l’expression dans un discours prononcé en 2022 évoquant l’idée que la stabilité économique et sociale favorise les investissements et le développement.
[2] Loi 2012-22 du 27 décembre 2012 portant code de transparence dans la gestion des finances publiques
[3] Saint François de Sales (1567-1622), évêque et docteur de l’Église en France.
[4] « Poor Richard’s Almanack », un recueil de pensées et de conseils publié par Benjamin Franklin au XVIIIe siècle.
[5] Sun Tzu, « L’Art de la guerre », un traité militaire chinois antique, 6e siècle avant notre ère.
[6] Adam Smith, Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, 1776.
[7] Voir les initiatives de « data journalism » et de « civic tech » qui utilisent les données ouvertes pour enquêter sur les dépenses publiques. »
[8] La démocratie économique est un concept socio-économique qui vise à appliquer les principes de la démocratie au domaine de l’économie. Il s’agit d’une idée qui a évolué au fil du temps et qui continue de faire l’objet de débats et d’interprétations diverses.
Les éléments clés de la démocratie économique sont aujourd’hui :
- La participation des travailleurs aux décisions économiques qui les concernent ;
- Le contrôle démocratique des ressources ;
- L’Économie sociale et solidaire au cœur des politiques publiques ;
- La planification démocratique comme un moyen de coordonner les activités économiques de manière démocratique et;
- Répartition des richesses.
[9] Au Sénégal, la notion de fonds secrets n’a aucune base constitutionnelle ou légale dans le droit public financier. Bien que le Règlement général sur la Comptabilité publique (RGCP) mentionne des « crédits spéciaux » dérogeant aux règles habituelles de la dépense publique, leur seul fondement juridique réside dans un chapitre budgétaire de la loi de finances annuelle. Malgré les recommandations répétées des différents RGCP depuis l’indépendance, aucun décret n’a été promulgué pour définir les modalités de dérogation au droit commun de la dépense publique en ce qui concerne ces crédits spéciaux.
[10] Habermas, J. (1989). The structural transformation of the public sphere: An inquiry into a category of bourgeois society. MIT press.
[11] Philippe, d’iribarne : « La logique de l’honneur : gestion des entreprises et traditions nationales » (Éditions du Seuil, 1989), met en évidence l’importance de la réputation et de la confiance dans les relations sociales et économiques.
[12] Le phénomène décrit ici est connu sous le nom de « panique bancaire » ou « ruée bancaire », et il a été largement étudié par les économistes et les historiens.
De nombreuses crises bancaires historiques, comme la Grande Dépression des années 1930, ont été déclenchées ou exacerbées par des rumeurs et des informations erronées. Les épargnants, craignant de perdre leur argent, se sont précipités pour retirer leurs dépôts, provoquant l’effondrement de nombreuses banques.
Des recherches économiques ont permis de développer des modèles pour expliquer comment les rumeurs et les informations erronées peuvent déclencher des paniques bancaires. Ces modèles montrent que même si une banque est fondamentalement saine, des rumeurs négatives peuvent créer une prophétie auto-réalisatrice, où la panique elle-même conduit à l’effondrement de la banque.
Un article du FMI (Fonds monétaire international) parle de ce phénomène en lien avec les nouvelles technologies: « Limiter les paniques bancaires liées aux technologies – International Monetary Fund (IMF) »
Des exemples récents ont montré que les rumeurs et les informations erronées diffusées sur les réseaux sociaux peuvent déclencher des paniques bancaires. Par exemple, en 2023, la faillite de la Silicon Valley Bank a été en partie accélérée par des rumeurs et des informations erronées diffusées sur les réseaux sociaux.
La vitesse de diffusion des informations erronées sur les réseaux sociaux peut aggraver les paniques bancaires.
Le manque de confiance dans les institutions financières peut rendre les épargnants plus vulnérables aux rumeurs.
En conclusion, il existe de nombreuses preuves, tant historiques qu’économiques, qui démontrent que les rumeurs et les informations erronées peuvent inciter les épargnants à retirer leurs dépôts des banques.
[13] Voir Philippe Breton, « La communication politique », la découverte, 2020 ou bien Revue gestion HEC Montréal, « Le ballon d’essai, une tactique qui permet d’en savoir davantage », 2013, disponible en ligne sur le site de la revue.
[14] Quelques exemples de ces pratiques au Sénégal :
- Subventions sur les produits de première nécessité :
- Le gouvernement sénégalais a souvent ajusté les subventions sur des produits de base comme le riz, le sucre et l’huile, en particulier lorsque les prix mondiaux augmentent ou en période de tensions sociales. Ces mesures visent à protéger le pouvoir d’achat des ménages les plus vulnérables. En 2024, il a été démontré que le Sénégal importe 1072 milliards en denrées de première nécessité et que le gouvernement subventionne à hauteur 50 milliards ces denrées de première nécessité.
- Aides financières exceptionnelles :
- Lors de crises économiques ou de catastrophes naturelles, le gouvernement peut accorder des aides financières directes à certaines catégories de population. Par exemple, des aides ont été distribuées pendant la pandémie de COVID-19 pour soutenir les ménages et les entreprises touchées. D’abord, il y’a eu le Fonds de Riposte et de Solidarité contre les effets du COVID-19 (FORCE COVID-19) pour 1000 milliards, ensuite le soutien la Banque mondiale et la Banque africaine de développement pour respectivement 20 millions de dollars et 88 millions d’euros pour soutenir les efforts du pays pendant la lutte contre la COVID 19 ainsi que d’autres mesures budgétaires et fiscales pour soutenir les entreprises et les ménages, notamment des reports de paiement d’impôts et des aides directes.
- Subventions aux intrants agricoles :
- Le gouvernement Sénégalais a mis en place un programme de subvention des intrants agricole. Ce programme existe depuis 20 ans, et permet aux agriculteurs d’obtenir à moindre coût, des engrais, des semences et du matériels. Les principales cultures ciblées sont les céréales, l’arachide et certaines cultures horticoles.
- Aide aux sinistrés :
- Lors d’évènements climatiques exceptionnels, comme les inondations qui touchent régulièrement le pays, le gouvernement débloque des sommes importantes, pour aider les populations sinistrées.
Ces mesures peuvent avoir un impact positif à court terme en atténuant les effets des crises sur les populations vulnérables.
Cependant, elles peuvent également peser lourdement sur le budget de l’État, en particulier si elles sont maintenues à long terme.
[15] On peut donner quelques exemples notamment la distribution de fonds publics en période électorale, l’attribution de marchés publics sous le prisme de la corruption ou du favoritisme, la nomination ou la promotion en fonction des liens politiques ou familiaux, plutôt que des compétences, la gestion clientéliste des ressources locales etc.
La pression de l’opinion publique peut parfois rendre difficile la mise en œuvre de réformes visant à lutter contre le clientélisme et la corruption. Les politiciens peuvent craindre de perdre le soutien de certains groupes s’ils prennent des mesures trop drastiques. Il est important de noter que le gouvernement sénégalais a mis en place des institutions et des mécanismes pour lutter contre la corruption, tels que l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (OFNAC). Cependant, le clientélisme et la corruption restent des défis importants qui nécessitent des efforts constants de la part de tous les acteurs de la société.
[16] Un cas concret concerne les subventions sur les denrées de première nécessité :
- Contexte :
- Les subventions sur des produits comme le riz, le sucre et l’huile représentent une part importante des dépenses publiques au Sénégal (50 milliards par an selon les dernières estimations).
- Ces subventions visent à maintenir des prix abordables pour les populations, en particulier les plus vulnérables.
- Cependant, elles pèsent lourdement sur le budget de l’État et peuvent être considérées comme inefficaces ou mal ciblées.
- Tentatives de réforme :
- À plusieurs reprises, le gouvernement a envisagé de réduire ou de réformer ces subventions, afin de libérer des ressources pour d’autres dépenses prioritaires.
- Ces tentatives ont souvent suscité de vives réactions de l’opinion publique, avec des manifestations et des grèves.
- Les organisations de la société civile et les partis d’opposition ont critiqué ces réformes, les jugeant injustes et préjudiciables aux populations les plus pauvres.
- Résultat :
- Face à la pression populaire, le gouvernement a souvent renoncé à mettre en œuvre ces réformes ou les a reportées.
- Cela illustre la difficulté pour les gouvernements de mener des réformes économiques impopulaires, même lorsqu’elles sont jugées nécessaires.
Cet exemple montre comment la crainte de réactions négatives de l’opinion publique peut influencer les décisions gouvernementales au Sénégal, en particulier concernant des questions sensibles comme les subventions.
[17] Un cas concret concerne la fiscalité du secteur de la téléphonie mobile et de l’internet :
- Contexte et propositions :
- Le gouvernement sénégalais a, à plusieurs reprises, envisagé d’augmenter les taxes sur les services de téléphonie mobile et d’internet, arguant de la nécessité de mobiliser davantage de ressources pour financer les dépenses publiques.
- Ces propositions ont suscité de vives réactions de la part des opérateurs de téléphonie mobile, des organisations de consommateurs et de certains segments de la population.
- Réactions et pressions :
- Les opérateurs de téléphonie mobile ont exprimé leurs préoccupations quant à l’impact de ces augmentations de taxes sur la compétitivité du secteur et sur l’accès aux services pour les populations, en particulier les plus vulnérables.
- Les organisations de consommateurs ont critiqué ces mesures, les jugeant comme une charge supplémentaire pour les ménages, en particulier dans un contexte économique difficile.
- Les médias ont largement couvert les débats, amplifiant les voix critiques et contribuant à la pression sur le gouvernement.
- Résultats et ajustements :
- Face à ces pressions, le gouvernement a été amené à revoir ses propositions, à les ajuster ou à les reporter.
- Les consultations avec les parties prenantes ont joué un rôle clé dans ce processus, permettant de trouver des compromis et de limiter les réactions négatives.
Cet exemple illustre comment la crainte de réactions négatives de l’opinion publique peut influencer les décisions gouvernementales en matière de fiscalité au Sénégal.
Cette analyse est d’une pertinence incomparable
Une belle analyse argumentée pouvant profiter à la fois aux gouvernants et aux gouvernés