La vérité sur les « chiffres cachés » d’Enseignants-Chercheurs. Par Meïssa DIAKHATE

Les chiffres sont éloquents ; ils mettent à nu toute entreprise de diabolisation et d’esprit malveillant. L’entreprise de calomnie parle de « 59 » (finalement « 54 ») en Guinée alors qu’il ne s’agit que d’un nombre infime d’environ 11 Enseignants-Chercheurs sénégalais en service dans les universités publiques.

  1. Les chiffres manipulés

Les chiffres renversent le projet diabolisant et clivant faisant état d’une cinquantaine d’Enseignants-Chercheurs sénégalais en Guinée.

Les 32 Assistants et 03 Maîtres-Assistants, soit, au regard du grade, 35 nouveaux emplois créés par la Guinée (en principe, des docteurs et doctorants qui aspirent à leurs premiers emplois dans l’enseignement universitaire et, par conséquent, sans rattachement universitaire au Sénégal). Sur cette catégorie (généralement doctorants chômeurs réduits en vacataires malgré leurs diplômes acquis à la sueur de l’intelligence), le Sénégal se positionne comme pourvoyeur d’ « esprit-d ’œuvre », à côté de notre vaillante « main-d’œuvre » dans la diaspora africaine et d’ailleurs. C’est à la limite une épine enlevée du pied des universités du Sénégal qui peinent à absorber l’afflux docteurs laissés en rade. Quasiment, ces 35 ne sont pas des Enseignants-Chercheurs.

10 Professeurs titulaires et 09 maîtres de conférences, soit juste 19 Enseignants-Chercheurs sénégalais, encore appelés professeurs de rang magistral. Ces données relativisent l’ampleur et mettent à nu l’intention inélégante de récupérer un programme de haute facture académique. Ces professeurs de rang magistral, une fois leurs services de 6 h par semaine et leurs charges d’engagement des doctorants honorées, ont le droit de jouir du reste de leurs temps, soit en fréquentant les Livres Saints, soit en écrivant des livres, soit en délivrant des enseignements dans d’autres pays (mobilité académique), soit encore en signant des contrats à traceurs des centres de recherche (expérimentations, consultances, études, etc.).

Pourquoi donc autant de bruits ? D’autant plus que parmi les 19 Professeurs de rang magistral, certains sont effectivement admis à faire valoir leur droit à une pension de retraite. Au décompte final, ce sont seulement 11 Enseignants-Chercheurs sénégalais recrutés en qualité de professeurs contractuels en Guinée. 

2. Une mobilité consacrée

En ce qui concerne la Faculté de droit de l’Université Cheikh Anta DIOP de Daker, des Professeurs interviennent depuis plus de 30 ans en Guinée et au Niger, et d’autres depuis quelques années au Togo, en Côte d’Ivoire, au Bénin, au Congo-Brazzaville, en France, et j’en passe.

La démarche s’inscrivait dans le cadre des missions d’enseignement, au gré des professeurs intervenants et quasiment sans l’interférence de la tutelle (Ministère en charge de l’Enseignement supérieur) et des autorités rectorales. Si aujourd’hui, les autorités guinéennes soumettent des contrats, c’est tout à fait logique en termes de cadre réglementé. En tout état de cause, les Professeurs « recrutés » sont des contractuels temporaires dans le cadre d’un programme d’une durée de 03 ans renouvelable. La Guinée est devenue moderne dans sa gouvernance, ; elle ne permet plus des interventions sans lien contractuel formel. Dans ce scénario, il n’y a aucune intention de soumettre les Enseignants-Chercheurs sénégalais au régime de Fonction publique guinéenne. C’est un régime dérogatoire pratiqué dans tous les systèmes de fonction publique contemporaine.

Le droit a déjà décidé en faveur des Enseignants-Chercheurs sénégalais. En effet,dans l’affaire dite du recrutement en Guinée, ils ont le droit avec eux, au vu des dispositions de l’article 11 de la loi n° 81-59 du 09 septembre 1981 portant statut du personnel enseignant, modifiée : « Les membres du personnel enseignant des universités peuvent bénéficier chaque année, d’une mission de courte durée pour une période maximale de 6 semaines : ils conservent dans cette position la totalité de leur rémunération et de leurs émoluments ».

Particulièrement, les 10 Professeurs titulaires et 9 Maîtres de Conférences, soit juste 19 professeurs de rang magistral,seront au service des Universités guinéennes,pour davantage accompagner les Enseignants-Chercheurs guinéens dans la co-production scientifique et dans les épreuves du CAMES. A terme, la Guinée disposera de ressources humaines qui se passeront de toute tutelle scientifique.

3. Un contrat justifié

Les Professeurs recrutés dans la Fonction publique sénégalaise peuvent, en considération de leur statut spécial, dispenser des cours en Guinée. Mieux, la distance n’est plus dirimante en matière d’enseignement supérieur. J’ai eu à encadrer un doctorant dans le cadre d’une université mexicaine.

L’employeur engage le travailleur en qualité d’enseignant-chercheur en appui aux Institutions d’Enseignement Supérieur (IES) de la République de Guinée,

Le contrat est conclu pour une durée de trois (03) ans, renouvelable. S’agissant des 19 Professeurs sénégalais rang magistral (Professeurs titulaires et Maîtres de Conférences CAMES), outre des cours magistraux, il est attendu qu’il participent annuellement, au moins à ; : i) deux (02) publications avec des enseignants-chercheurs guinéens ; ii) un (01) projet de recherche pour des financements internationaux au compte des institutions d’enseignement supérieur d’affectation ; iii) un (01) projet de développement pour des financements internationaux au comptes des mêmes institutions ; iv) un (01) de formation par an sur la méthodologie de recherche et sur le montage de projet (recherche et développement) et être disponible pour d’autres types d’activités de recherche. A l’analyse, ces missions ne seront que mutuellement bénéfiques aux Enseignants-Chercheurs guinéens et aux Enseignants-Chercheurs sénégalais.

Enfin, je précise que les autorités guinéennes ont fait preuve d’intelligence et de réalisme en valorisant l’enseignement à distance par l’Institut supérieur de Formation à Distance (ISFAD), une université d’excellence en devenir que j’aurai l’honneur de servir.  

Par Meïssa DIAKHATE

Professeur des Universités

Ancien Directeur des Statistiques de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar

1 Commentaire

  1. Abdou faye

    Formidable intervention ! Documentée et bien expliquée aux sénégalais épris de justice, de vérité et du droit. Franchement, le Sénégal a besoin d’homme véridique et ambition. Merci Mon professeur Meissa pour avoir éclairer la lanterne des citoyens qui ont été noyés dans des bruits qui discredident les vaillants enseignants chercheurs ou enseignants simplement

    Réponse

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