Comprendre le Rapport Trimestriel d’exécution Budgétaire (RTEB) en 16 points. Par Mamadou Lamine GUEYE

Comprendre le Rapport Trimestriel d’exécution Budgétaire (RTEB) en 16 points

Le rapport d’exécution budgétaire est un pilier de la gouvernance financière du Sénégal, car il assure la transparence, la redevabilité et le suivi des politiques publiques. Ce document, publié trimestriellement et annuellement, permet de comparer les prévisions budgétaires (loi de finances initiale) avec les réalisations effectives, offrant ainsi une vue d’ensemble de la santé économique et financière de l’État. Il est indispensable pour évaluer l’efficacité de la gestion des fonds publics, identifier les écarts et ajuster les stratégies pour atteindre les objectifs de développement.

  1. Fondements du RTEB

Il est élaboré en application de l’article 70 de la loi organique n° 2020-07 du 26 février 2020 relative aux lois de finances. Il est publié selon une fréquence trimestrielle, conformément aux dispositions prévues au point 6.6 de l’annexe à la loi n° 2012-22 du 27 décembre 2012 portant Code de transparence dans la gestion des finances publiques du Sénégal.

2. Transparence et Redevabilité

Le rapport d’exécution budgétaire joue un rôle crucial dans le renforcement de la transparence et de la redevabilité de l’administration sénégalaise. En rendant publiques les données sur les recettes et les dépenses, le gouvernement s’engage à informer les citoyens, les partenaires techniques et financiers, et les autres parties prenantes sur la gestion des deniers publics.

3. Information du public

Le rapport donne un accès direct à des informations clés, telles que le montant des recettes collectées (impôts, taxes, etc.), la répartition des dépenses par secteur (santé, éducation, infrastructures), et le niveau de la dette. Cette publication régulière permet à la société civile et aux citoyens de s’approprier les enjeux budgétaires et d’exercer un contrôle citoyen sur la gestion de l’État.

4. Contrôle parlementaire  

Ce document est un outil fondamental pour le Parlement sénégalais. Les députés l’utilisent pour examiner la performance du gouvernement, poser des questions sur les écarts entre les prévisions et les réalisations, et évaluer l’efficacité des politiques mises en œuvre. Ce processus de contrôle est une pierre angulaire de la démocratie, car il oblige l’exécutif à rendre des comptes devant le pouvoir législatif.

5. Renforcement de la confiance  

La publication de rapports détaillés et sincères sur la situation budgétaire renforce la confiance des investisseurs et des partenaires au développement. Une gestion financière transparente est un gage de stabilité et de sérieux, encourageant les investissements directs étrangers et facilitant l’accès aux financements extérieurs.

6. Évaluation des Performances et Prise de Décision

Le rapport d’exécution budgétaire est plus qu’un simple document comptable ; c’est un outil d’aide à la décision stratégique. Il fournit les données nécessaires pour évaluer l’efficacité des politiques publiques et ajuster les orientations futures.

7. Analyse de la performance économique

Le rapport permet d’analyser la performance économique du pays. Par exemple, il révèle les tendances en matière de recettes fiscales, ce qui peut indiquer la vigueur de l’activité économique. Il met également en lumière les secteurs où les dépenses sont en décalage par rapport aux prévisions, ce qui peut signaler des problèmes de mise en œuvre des projets ou des priorités de dépenses.

8. Ajustement des politiques  

Si le rapport révèle une sous-exécution des dépenses dans un secteur clé, comme l’éducation ou la santé, le gouvernement peut prendre des mesures correctives pour accélérer la mise en œuvre des projets. À l’inverse, si certaines recettes sont supérieures aux prévisions, cela peut créer une marge de manœuvre pour financer de nouvelles initiatives ou réduire le déficit. Le rapport sert de tableau de bord pour la gestion macroéconomique du pays.

9. Planification budgétaire future

Les données historiques fournies par le rapport sont essentielles pour l’élaboration de la Loi de finances initiale (LFI) de l’année suivante. En analysant les écarts passés, le ministère des Finances et du Budget peut établir des prévisions plus réalistes et mieux cibler les allocations budgétaires pour les programmes prioritaires. Ce processus s’inscrit dans une logique de gestion axée sur les résultats.

10. Outil de Suivi des Projets et Programmes

    Dans le cadre de la gestion budgétaire par programme, le rapport d’exécution budgétaire est essentiel pour le suivi et l’évaluation des projets et programmes de développement.

    11. Suivi des indicateurs de performance

      Le rapport fournit des informations sur l’exécution des budgets par programme, ce qui permet de mesurer les progrès réalisés dans la mise en œuvre des politiques sectorielles. Par exemple, un rapport peut montrer le taux d’exécution des crédits alloués à la construction d’infrastructures routières ou de centres de santé.

      12. Identification des goulots d’étranglement  

        Les données du rapport aident à identifier les obstacles à l’exécution des dépenses. Une faible exécution des crédits d’investissement peut indiquer des retards dans les procédures de passation de marchés, des problèmes de capacité des agences d’exécution ou des difficultés de financement. L’identification de ces problèmes est la première étape pour les résoudre.

        13. Rôle dans la Politique Économique et la Stabilité Financière

          Au-delà de la simple gestion comptable, le rapport d’exécution budgétaire est un document stratégique qui influence la politique économique et la stabilité financière du Sénégal.

          14. Analyse du déficit et du financement

            Le rapport présente la situation du déficit ou de l’excédent budgétaire. Il détaille la manière dont le déficit est financé, que ce soit par l’emprunt (dette publique) ou d’autres ressources. Cette information est vitale pour la gestion de la dette publique et pour maintenir la stabilité macroéconomique.

            15. Gestion des risques

              En fournissant des données actualisées sur les recettes et les dépenses, le rapport permet d’anticiper les risques budgétaires, tels que des recettes inférieures aux prévisions ou des dépenses imprévues. Le gouvernement peut ainsi réagir rapidement en prenant des mesures d’ajustement pour éviter une crise de trésorerie ou une détérioration excessive des finances publiques.

              16. Communication avec les créanciers

                Les créanciers internationaux, comme le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale, se basent sur les rapports d’exécution budgétaire pour évaluer la santé financière du pays et l’efficacité de sa gestion économique. La qualité et la régularité de ces rapports sont souvent des conditions pour l’obtention de prêts ou de programmes d’aide financière.

                Par Mamadou Lamine GUEYE

                Juriste /Chercheur et Essayiste en Finances Publiques

                2 Commentaires

                1. Massamba DIA

                  Très didactique et en français facile. Permets une compréhension aisée des phénomènes et implications économiques et financiers du budget en particulier et de l’action publique en général.

                  Réponse
                2. Toure Lamine

                  C’est excellent !
                  Clair et Facile à comprendre
                  Merci beaucoup très cher Maître.

                  Réponse

                Soumettre un commentaire

                Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

                L’Etat sénégalais à l’épreuve de la gestion active de la dette publique : l’usage des TRS (Total Return Swaps) peut-il être assimilé à de la « dette cachée » ? Par Mor THIAM

                L’article du Financial Times publié le 23 mars 2026 constitue le point de départ de la controverse. Le journal rapporte que le Sénégal a discrètement emprunté environ 650 millions d'euros via des TRS auprès de l’Africa Finance Corporation (AFC) et de la First Abu...

                LES DÉRIVES FINANCIÈRES DE L’ÉTAT AU SÉNÉGAL (2019-2024)Lecture juridique du rapport d’audit de février 2025 de la Cour des comptes : diagnostic d’un système financier parallèle.

                Résumé À partir du rapport de février 2025 de la Cour des comptes sur la gestion des finances publiques du Sénégal pour la période du 1er janvier 2019 au 31 mars 2024, la présente étude propose une lecture d’ensemble des principales dérives relevées dans l’exécution...

                Appel à contribution pour un ouvrage collectif

                Appel à contribution pour un ouvrage collectif   Sous la direction de M. ALLAH-ADOUMBEYE DJIMADOUMNGAR                           ...

                LE SENEGAL A L’EPREUVE DES NORMES INTERNATIONALES DE PROTECTION DE L’ENFANCE : ENTRE CONFORMITE ET RESISTANCE SOCIALE. Par Moustapha SYLLA

                A la suite des engagements internationaux, notamment la ratification des conventions, les Etats sont confrontés à l’internalisation de la volonté du législateur international. A ce niveau, il faut dire que c’est une opération qui n’est pas toujours évidente ou aisée....

                Colloque International de Dakar

                Colloque International de Dakar Centre d’Études et de Recherches en Commande Publique (CERCP), en partenariat avec l’Autorité de Régulation de la Commande publique (ARCOP) Thème : La commande publique en Afrique : enjeux, défis et perspectives  9-10 avril 2026 à...

                Un devoir de vérité sur l’Indépendance de la République du Sénégal. Par Pr Meïssa DIAKHATE

                Le 4 avril 1979, Thiès accueillit la fête de l’indépendance du Sénégal. Une volonté exprimée par le Président Léopold Sédar SENGHOR : délocaliser l’évènement à Thiès, avec la participation remarquable du roi d'Espagne comme invité. Oui, nous étions présents, et...

                Quand le Jury d’appel de la CAF viole la règlementation de la CAF. Par Alpha Mamadou NABE

                La déclaration aux médias du Jury d’appel de la Confédération Africaine de Football (CAF) parue ce mardi 17 mars 2026, presque deux mois après le sacre du Sénégal à l’issue d’un match âprement disputé dans lequel le Sénégal s’est imposé sur la plus petite des marques...

                La dissolution de l’Assemblée nationale : argument juridique ou arme politique ? Contribution du Cadre de Réflexions et d’Etudes sur la Démocratie au Sénégal (CREDS)

                Le droit de « dissolution », comme du reste la notion de « Gouvernement », est juridiquement inexistant dans certains systèmes démocratiques contemporains, comme le régime présidentiel abouti des Etats-Unis d’Amérique. Tel n’est pas le cas dans les...

                La politique a-t-elle mis en danger la réforme et les élections territoriales ? Par Pr Meissa DIAKHATE

                Ni surpris par ce qui se passe ! Ni inquiet par ce qui se passera ! La crispation au sein de l’appareil d’Etat est une réalité normale dans une démocratie politique. Chacun des protagonistes est certainement assis sur une profession de foi : être la...