En finir avec le débat sur les « 59 » Enseignants-chercheurs ! Par Pr Meïssa DIAKHATE

Elégance d’esprit : la publication de la liste des « 59 » a béatement ouvert une brèche pour certaines personnes « désœuvrées » de jeter le discret sur leurs propres collègues. Certainement, la « retraite » donnerait le brevet de tenir des propos désobligeants et affligeants à l’endroit de membres de la communauté anniversaire (environ 10% de l’effectif de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar). Les termes utilisés, j’en passe par respect à mes lecteurs, contraste d’avec la prestance intellectuelle et la dévotion aux valeurs apprises de l’Ecole de la République. Si la retraite ne donne pas la sagesse d’esprit et la courtoisie cordiale, elle révèle tout bonnement la vraie nature de l’universitaire qui n’est plus à la quête du savoir mais de la gloire nostalgique.

Quand on a été à l’université avec des collègues, nommé grâce au pouvoir discrétionnaire d’une autorité politique, et gérer une institution avec ses forces et ses faiblesses, il faut, comme disait le sage socialiste avoir de la tenue et de la retenue. Heureusement, les « 59 » répondent, jusque-là, par l’élégance d’esprit. Bien entendu, la Guinée ne s’est pas trompée de choix.

Sérénité du débat : je ne doute point de la bonne volonté des autorités de tutelle de contenir le bruit provoqué. Il mérité notre bienveillance dans une pareille situation. Mais, la sérénité doit être de mise : écrire est toujours un exercice périlleux. Le Président grammairien enseignait que « la forme d’un texte, le soin apporté à sa présentation, à la ponctuation et à la rédaction sont révélateurs, le plus souvent, de la conscience avec laquelle ce texte a été élaboré, de son degré de maturité, de la rigueur de la méthode suivie, de la cohérence et de la logique de la pensée de ses rédacteurs ».

Dans le cas d’espèce, l’intensité des textes (la circulaire puis le communiqué, en un temps record) sont révélateurs d’un engagement voire d’une frénésie sur la cause. Quelle grammaire ! je me limite ici à la simple règle de la ponctuation, la plus élémentaire, méconnue là où on est censé bien rédiger : « C’est dans ce cadre que les gouvernements du Sénégal et de la Guinée, ont signé à Conakry … » (la virgule n’a pas sa place, sans compter que « Gouvernement » commence par une lettre majuscule, ainsi qu’il est consacré dans le protocole d’accord signé le 23 mai 2025). On accusera toujours à tort la charmante coquille. Mais, elle déclinera son amour car, comme cela ne suffisait pas, « enseignant-chercheur Sénégalais » (« sénégalais », adjectif qualificatif épithète) s’écrit, au lieu de la majuscule, avec « s » minuscule. Bien d’autres remarques abondent les textes déjà mis à la disposition de l’opinion. Nous espérons pouvoir y revenir plus exhaustivement.

Loyauté avec les textes : les « 59 » doivent loyauté à l’Université. Mais aussi, et c’est essentiel, en communiquant sur la loi, il est nécessaire d’en faire une interprétation loyale. De grâce, disons le droit, tout le droit, rien que le droit ! Alors dans ce cas, citons clairement les dispositions de l’article 11 de la loi n° 81-59 du 09 septembre 1981 portant statut du personnel enseignant, modifiée. L’opinion, dont le communiqué est destiné, pense à du tout alors qu’il n’en est rien contre l’engagement des collègues en Guinée. Bien au contraire, le communiqué semble apaisant et, à mon sens, donne des voies de droit en faveur de la poursuite des activités des enseignants-chercheurs sénégalais en Guinée.

Mais, pas que l’article 11 de la loi précitée. D’autres dispositions permettraient aux Enseignants de s’affranchir de la dérision. Les textes sont clairs et les Enseignants-chercheurs concernés ont à leur disposition d’autres « moyens réglementaires » pour accompagner leurs collègues guinéens, du moins s’ils le veulent bien. Un texte ne doit pas être lu de façon elliptique. J’ose espérer des Recteurs une application loyale de la loi quand usage légitime en sera fait.

Par Meïssa DIAKHATE

Enseignant-Chercheur

Intervenant à l’Université Général Lansana Conté, Sonfonia-Conakry

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

LA JUSTICE JUVENILE AU SENEGAL : L’EXCUSE DE MINORITE, UN PILIER ESSENTIEL. Par Moustapha SYLLA

Le Sénégal, signataire de nombreux traités internationaux phares en matière de protection de l’enfant,[1] déploie des mécanismes à l’interne pour être en phase avec les énoncés de ces normes[2]. Ce qui fait qu’on peut noter dans chaque domaine une logique de...

Septième numéro de la Revue Africaine de Droit des Contrats Publics (RADCP) 

Veuillez cliquer sur le lien ci-dessous pour télécharger le septième numéro de la Revue Africaine de Droit des Contrats Publics (RADCP) : RADCP N° 7_2025Télécharger

La fabrique des réformes institutionnelles et normatives d’une gouvernance de rupture. Par Sidy Alpha Ndiaye

Une production normative progressiste, qui ambitionne de défier le temps long de l’histoire politique du Sénégal en repensant le rapport des institutions au Peuple, ne jaillit pas ex nihilo. Inscrite dans un narratif populaire de rupture, la production normative,...

Comment peut-on comprendre le « recrutement » de Professeurs sénégalais en Guinée ? Par Meissa DIAKHATE

En toute chose, il faut nécessairement de la pédagogie. L’art de simplifier des choses complexes est souvent ignoré au Sénégal où la tradition intellectuelle de « compliquer » les choses simples. Bien évidemment, les autorités ministérielles ont assumé leurs...

La place du Premier Ministre dans l’architecture institutionnelle du Sénégal : un équilibre à préserver. Par Boubacar Mohamed SY

La question de la place du Premier Ministre dans l’architecture institutionnelle du Sénégal constitue un débat récurrent. Elle s’est particulièrement ravivée avec l’ascension politique d’Ousmane Sonko, dont la légitimité impressionnante et son influence énorme sur...

Faut-il être Premier Ministre au Sénégal ? Par Meïssa DIAKHATE

Certes, le contexte actuel dirige les esprits vers le politiquement correct : la sérénité au sommet de l’Etat, les prévisions d’éligibilité en 2029 ou la viabilité de la dette « cachée ». Mais, à mon sens, ce sont des questions qui masquent une réalité...

La gestion de la dette publique au Sénégal… ce que dit et ne dit pas la stratégie (SDMT) de l’Etat pour 2026-2028. Par Omar SADIAKHOU

Introduction La dette publique constitue aujourd’hui un instrument central de la politique économique, mais également une source de vulnérabilité pour les États en développement. Dans un contexte marqué par les séquelles des crises sanitaires, les tensions...

Les 11 étapes de la préparation du budget au Sénégal. Par Mamadou Lamine GUEYE

La vocation du Budget, outil fondamental de la gestion publique, se déploie à travers des dimensions politique et économique qui sont intrinsèquement liées. Sur le plan politique, le Budget est l'expression chiffrée des choix et des priorités du gouvernement,...

Les droits de la défense devant les juridictions pénales internationales. Par Malick Lazare Diakhaté

L’admission d’une répression pénale au plan international visant les individus auteurs de crimes particulièrement graves, car affectant la conscience collective de l’humanité, a été progressive. Ce n’est qu’après la seconde guerre mondiale que l’idée d’une...